Exposition – 18èmes rencontres photographiques

Exposition – 18èmes rencontres photographiques

14 > 22 mars – Tous les jours – 14h > 19h
Entrée libre

Les Rencontres sont organisées par le collectif de photographes Art’Gentik 73 en partenariat avec la Ferme de Bressieux à Bassens.

L’exposition

Pour cette 18ème édition des Rencontres Photographiques, l’équipe d’Art’Gentik73 a construit un parcours qui entre volontiers en résonance avec le bi-centenaire de la naissance de la photographie. Frédéric Chiola, photographe invité et l’auteur de l’image de l’affiche, présente une série de magnifiques paysages de la Savoie sublimés par une technique peu utilisée et peu montrée, le tirage au charbon. Ce procédé, inventé par le français Alphonse Poitevin en 1855 a été perfectionné par l’anglais Joseph Swan en 1864. Alphonse Poitevin est considéré par certains comme le troisième homme de la photographie, à l’égal de Nicéphore Nièpce et de Daguerre. La mise en œuvre du tirage charbon est complexe, mais les tirages obtenus sont d’une grande finesse, avec une belle gamme de tonalités et très stables dans le temps. Frédéric Chiola fait partie des rares photographes à pratiquer cette technique.
Le tirage classique noir & blanc, aussi appelé gélatino-bromure remonte à 1871. Il est aujourd’hui encore le procédé le plus utilisé. Sa souplesse permet aux photographes de s’exprimer chacun à sa façon donnant des rendus d’image très variés. Ainsi Jean-Baptiste Martin, également photographe invité, explore la force de la matière avec des noirs subtils et profonds lorsque Margaret Fitzgerald nous montre des images avec beaucoup de douceur et une étonnante gamme de gris. Daniel Arango Prada et Laurent Gauthier s’inscrivent pleinement dans cette tradition du tirage baryté. Quand à Laurent Nicolino, il obtient un rendu particulier grâce au fait d’appliquer lui-même une émulsion photosensible sur son papier.
Le procédé de la photo instantanée Polaroïd a été inventé en 1947 par Edwin H. Land et est resté très populaire depuis, notamment auprès des artistes-photographes, comme en témoigne la série d’Yves Schlosser.
Une autre façon d’exprimer sa créativité consiste à détourner l’usage d’un support. Ainsi Agnès Biau nous propose un voyage en double transparence sur film radio (X-ray).
Mais la technique argentique évolue aussi avec son temps et doit s’adapter à la technologie d’aujourd’hui. Jeux de passe-passe entre appareil argentique et numérique pour Julien Courtet. Angelo di Mango est passé en technique hybride et a réalisé des impressions numériques de ses images faites sur négatif couleur, car il est devenu très difficile pour des raisons de coût et de disponibilité de réaliser des tirages chromogéniques sous l’agrandisseur. Les images très graphiques de Jean-Charles Bouillot sont imprimées avec un procédé particulier, la piézographie. Cette technique utilise elle aussi des pigments de charbon et elle est peu pratiquée. On peut la considérer comme un miroir moderne du tirage au charbon nous permettant de finir notre boucle des techniques photographiques en beauté !

Les animations

Afin d’approfondir ce parcours à travers l’histoire de la photographie, et de mieux connaître le travail de certains de nos exposants, l’équipe d’Art’Gentik73 propose quatre animations en plus de l’exposition :
– Dimanche 15 mars 17h30 – Avant le numérique, l’argentique. les différents types d’appareils, reflex – moyen format – chambre, les pellicules, les produits. 
– Mercredi 18 mars 17h30 – Anne Manipoud : présentation des numérisations des plaques photographique des expéditions polaires de son arrière-grand-père Jean-Baptiste Charcot.
– Samedi 21 mars 17h30 – Frédéric Chiola nous parlera de ses tirages au charbon.
– Dimanche 22 mars 16h – Yves Schlosser nous présentera son travail fait avec un appareil polaroid.
– Dimanche 22 mars 17h – Jean-Baptiste Martin viendra nous raconter comment, dans une relation à l’ombre et la lumière, l’expérience de la chambre noire influence sa recherche photographique.

11 photographes vont exposer leurs séries. Invités ou membres de notre club, chacun propose une œuvre originale avec un sujet de son choix. La grande variété des thèmes abordés et des techniques utilisées offre au visiteur un parcours riche en découvertes et font de cette 18ème édition des Rencontres Argentiques un rendez-vous incontournable des amateurs de la photographie :

Saakhelu – Daniel Arango-Prada
Le peuple autochtone Nasa, enraciné dans les terres du sud-ouest colombien, célèbre chaque année le rituel du « Saakhelu ». Pendant trois jours, la communauté se rassemble et, à travers la musique et la danse, célèbre et remercie la fertilité de la Terre.
Pour le peuple Nasa, la musique est mémoire vivante. Les flûtes traversières et les tambours éveillent l’écho d’une histoire millénaire et ouvrent un chemin vers l’équilibre.
Le Saakhelu s’inscrit dans la continuité du vivant, dans une quête d’harmonie entre l’être humain et son environnement, entre le visible et l’invisible.
À travers cette série photographique, je cherche à saisir ces instants suspendus : des visages habités par la mémoire, une culture qui résiste à l’oubli, et des traditions qui invitent à tisser des liens, à entrelacer les êtres.

Tout en transparence – Agnès Biau
Des jardins luxuriants de Marrakech jusqu’aux pêcheries de l’Atlantique, rien ne relie a priori ces deux lieux si ce n’est la transparence des images qu’ils offrent. Tirages argentiques réalisés sur des fims radiographiques d’un autre temps à partir de négatifs 6×6 – Rolleiflex. 

« SILENCES » – Jean-Charles Bouillot
« Silences » explore l’architecture comme un langage et la lumière comme matière. À travers une
écriture graphique faite de lignes, de plans et d’ombres, les images construisent des espaces à la fois
réels et mentaux. Les figures humaines, discrètes, traversent le cadre comme des présences
silencieuses, intégrées à la géométrie du lieu. La richesse des nuances de gris crée une tension entre
plein et vide, apparition et effacement. Entre abstraction et réalité, ces photos invitent à une
expérience du regard lente et contemplative, métamorphosant les espaces en silences.

Paysages au charbon – Frédéric Chiola
De la gélatine, du sucre, du pigment naturel, un sensibilisateur chimique, de la lumière ultraviolette. Voilà les éléments de base indispensables pour réaliser un « tirage au charbon » d’un négatif photographique, argentique ou numérique. Le procédé date du milieu du XIXe siècle, mis au point et perfectionné par Alphonse Poitevin, Henry Fox Talbot, Joseph W. Swan, Artigue, Fresson… Le rendu du tirage au charbon est unique et sa durabilité infinie. Le « charbon » n’est plus pratiqué dans le monde que par une petite poignée de photographes et de tireurs de laboratoire dont je fais partie. Je l’ai utilisé pour cette série de paysages des Savoie.

Instants suspendus : le Japon entre argentique et numérique – Julien Courtet
Ces photographies, nées de mes promenades quotidiennes, témoignent de mes rencontres avec des sujets qui m’ont touché.  Chaque image est un fragment, une lumière capturée sur le vif, un instant volé au temps.  Elles forment un carnet de voyage visuel, invitant à ressentir la poésie du quotidien plutôt qu’à simplement l’observer.

Flâneries sur la côte normande – Angelo Di Mango
J’aurais pu intituler cette série « Faire un pas de côté ou deux ». En effet, après 40 années de photo noir et blanc en argentique, c’est ma toute première série couleur, qui plus est en technique mixte puisque les images sont des impressions numériques. Longtemps la couleur m’a tenté sans que je n’ose véritablement m’y confronter. En effet, étant le tireur de mes photos en noir et blanc, l’idée de confier mes images à un laboratoire et donc d’en perdre le contrôle et surtout l’interprétation ne me séduisait pas. C’est lors de l’été 2022 que je découvris la côte normande avec ses lumières si particulières et ses bords de mer au charme suranné. Un coup de foudre ! L’invitation était trop belle : je chargeai mon fidèle Leica M3 avec de la Portra 160 connue pour ses couleurs pastel, équipai le M3 de veilles optiques au rendu plus doux, il n’y avait plus qu’à se laisser porter. La lumière, les couleurs et les formes se répondaient comme dans un décor de théâtre savamment composé. C’est ce rendu spécial que je cherchai à retrouver au tirage. Oui mais comment ? Une rencontre m’a permis d’y parvenir. C’est avec Jérôme de Camara Bourgoin-Jallieu qui a su m’écouter et comprendre mes attentes et surtout m’associer au processus que ces images ont pu voir le jour. Et je l’en remercie.

L’If du Jardin des Plantes – Margaret Fitzgerald
Cette série a été inspirée par un If situé au milieu du Jardin des Plantes à Grenoble.
De loin l’arbre sans vie est presque grotesque avec ses troncs dénudés. On dirait un fantôme squelettique. 
De près ses branches écorcées révèlent une grande beauté par la texture de son bois qui présente une étonnante variété de formes qui parlent à l’imaginaire.
Les détails individuels, révélés par ces images, prennent de l’ampleur et donnent une nouvelle vie à cet arbre.

Présences urbaines – Laurent Gauthier
À travers cette série, je photographie les bâtiments de la ville comme des corps immobiles, ancrés dans l’espace urbain. Détachés de toute narration humaine directe, ils deviennent des formes autonomes, presque silencieuses. Je m’attache à leur présence physique : les lignes, les masses, les rythmes imposés par l’architecture.
Les façades, les angles et les volumes sont abordés comme des paysages. La ville n’est plus un lieu de passage mais un territoire figé, où chaque bâtiment affirme sa permanence face au mouvement invisible qui l’entoure. La lumière joue un rôle central : elle révèle la matière, et transforme parfois l’ordinaire en une construction presque abstraite.
En m’éloignant de toute fonction ou usage identifiable, je cherche à faire émerger une lecture plus contemplative de l’architecture. Les bâtiments ne sont plus seulement des espaces à habiter, mais des présences à observer, des repères silencieux qui structurent notre regard et notre mémoire de la ville.
Cette série propose une pause, une manière de regarder la ville autrement, en prenant le temps de considérer ce qui, d’ordinaire, demeure immobile et presque invisible.

Mythèmes – Jean-Baptiste Martin
16 tirages argentique faits main sur papier baryté 30×30 cm, encadrés 40×40 cm
Quand j’essaie d’imaginer ce qui a conduit les hommes du Paléolithique à peindre au fond des cavernes, je crois que la chambre noire peut être pensée comme l’intérieur du monde, où, dans le basculement du temps et des repères jusqu’à l’obscurité, naissent des images en lien avec l’immensité.
Mythèmes représente des fragments qui, surgissant de l’ombre, pourraient s’incorporer dans un récit relatif à l’émergence de la matière.

Tibet revisité – Laurent Nicolino
On a tous des souvenirs de voyage, il y en a un qui me tiens particulièrement à cœur.
En 1986, j’ai eu la chance de me balader sur le ‘toit du monde’ pendant un peu plus d’un mois.
de mes archives, j’en ai sorti ce film noir et blanc et j’ai voulu le regarder autrement.
à la place de faire des tirages sur du papier photo classique, j’ai choisi un papier coton naturel fabriqué en Inde (papier KHADI 150 gr) aux bords frangés de format A4 et A5.
J’ai enduit ces feuilles d’une émulsion photographique avant de pouvoir faire le travail classique en labo photographique.
On obtient un rendu particulier ou les détails laissent la place à l’ambiance.
Une manière, pour moi, de redécouvrir ce voyage.

POLY-POLA – Yves Schlosser
Paradoxe : Le POLAROÏD fascine autant les artistes photographes ou plasticiens que les amateurs qui recherchent la spontanéité et la rapidité du geste.
C’est que ce petit carré de 7,7cm de côté toujours unique est à la fois infiniment souple, souvent aléatoire et toujours surprenant.
Vouloir dompter le POLAROÏD est une chimère, il faut le laisser faire et s’y soumettre, accepter qu’il soit un jeu incertain de couleurs et de formes dont vous ne comprendrez jamais vraiment les règles.
Mais comment ne pas céder à la tentation de cet art polychrome, polymorphe, polyvalent, polyphonique et polysémique ? On ne peut qu’en être poly-amoureux !